1938 GP ACF Circuit de Reims-Gueux

GP de L’ACF à REIMS 1938 Circuit de Reims-Gueux

Une nouvelle réglementation entre en vigueur en 1938 pour les Grand Prix visant à réduire la puissance monstrueuse de la Formule libre.
 C’est une formule d’équivalence qui est proposée limitant à 4500cm3 les atmosphériques ou à 3000cm3 les suralimentées avec une variable du poids indexée sur la cylindrée.

 En 1977, on assista à nouveau à cette cohabitation, et RENAULT avec sa « théière jaune » 1,5L turbo compressée, qui débuta à SILVERSTONE en même temps que VILLENEUVE, ouvrit la voie à FERRARI et BMW tandis que les anglais s’étaient laissés prendre de vitesse le COSWORTH atmosphérique s’essoufflant derrière.

 Dans un climat politique tendu seuls 4 GP sont retenus pour le Championnat d’EUROPE et c’est REIMS qui ouvre le bal, accueillant son deuxième GP de l’ACF.
 Le public est impatient et nombreux pour voir se mesurer les forces en présence.
 En fait, elles se réduisent, en l’absence prudente des italiennes ALFA ROMEO et MASERATI, à une opposition entre les solides équipes allemandes MERCEDES et AUTO UNION et les françaises représentées par TALBOT, DELAHAYE, la revenante BUGATTI et la méritante SEFAC de l’ingénieur PETIT.

 MERCEDES est de loin la mieux préparée avec 4 voitures pour ses 3 pilotes allemands VON BRAUCHITSCH, LANG, CARACCIOLA et le prometteur anglais SEAMAN en réserve.
 AUTO UNION a été perturbée pendant l’intersaison et amène 3 voitures dont une version profilée pour HASSE, MULLER l’ancien motard et le suisse KAUTZ, elle a perdu en janvier son fer de lance BERND ROSEMEYER qui s’est tué sur l’Autobahn entre FRANCFORT et DARMSTADT en voulant reprendre le record de vitesse que venait de lui ravir à 432,692km/h CARACCIOLA sur MERCEDES. Il a suffi d’un coup de vent au passage sous un pont pour déséquilibrer la Stromlinienwagen du Champion Allemand et mettre un terme à ce défi sans limites qui était censé servir de vitrine à l’ALLEMAGNE.

 En face c’est un peu en ordre dispersé que se présentent les FRANÇAIS et l’aide du gouvernement semble dérisoire et maladroite pour contrer les voitures grises.
 En 1937 l’Etat a attribué un fonds de course de un million qui est revenu à DREYFUS pour sa victoire à MONTLHERY.
 Le malin ANTHONY LAGO qui voulait promouvoir la marque TALBOT par la compétition a les pleins pouvoirs du groupe anglais qui gère la firme de SURESNE. Comme l’historien SERGE POZZOLI l’a expliqué A. LAGO sut séduire Mr PEROUSE en lui montrant les gabarits en bois des fameux 16 cylindres qui allaient affronter les rivales allemandes à REIMS et c’est lui qui décrocha la timbale en 1938 avec le chèque du fonds de course de 600000 F qui lui n’était pas en bois.
 Le résultat fut à la hauteur de l’espoir suscité, DELAHAYE, dont la robuste 4,5L de DREYFUS avait infligé à PAU une défaite à la MERCEDES de CARACCIOLA et LANG qui était en course de préparation, envisageait de sortir une prometteuse monoplace qui resta dans les cartons. Et par réaction en chaîne exit de la participation de l’Ecurie Bleue dirigée par les parents de HARRY SCHELL.
 Ce n’est pas pour autant que l’on vit arriver à GUEUX les fantomatiques TALBOT 3 L 16 cylindres mais des 4,5L dérivées des éprouvées 4L sport avec une nouvelle voiture pour le Marseillais CARRIERE et ETANCELIN sur la voiture dérivée de celle qui avait couru au MANS.
 BUGATTI envoya in extremis une 3L pour WIMILLE mais qui était techniquement dépassée et non développée. “La BUGATTI de WIMILLE”

 SEFAC complétait le plateau en présentant une monoplace 3L 8 cylindres de 250 cv sortie brute de fonderie avec des moyens financiers limités. “La SEFAC de CHABOUD”

 On était donc loin des 20 concurrents escomptés et l’opposition bleue était bien mal organisée pour relever un tel défi, une habitude bien française maintes fois constatée dans les grands rendez-vous !
 MERCEDES n’a pas lésiné sur les moyens. Les 13 et 14 juin, NEUBAUER et son équipe sont venus faire des essais préliminaires avec deux voitures.

“SEAMAN sur la voiture d’essai en juin passe à pleine vitesse devant les tribunes vides”

 Une méthode de travail qui a fait école de nos jours mais qui nécessite de gros investissements. Il en résulte des modifications avec un abaissement des échappements en bas des flancs pour préserver le pilote de la chaleur et une modification de la répartition des réservoirs d’essence (les 450cv exigent plus de 100L au 100km) .
 Les essais du GP furent sans surprise. LANG obtint la pole en 2m39.2 devant VON BRAUCHITSCH et CARACCIOLA. SEAMAN fit un meilleur temps que CARACCIOLA.
 Le cauchemar commençait pour la marque aux anneaux : MULLER victime d’un accident était hospitalisé et indisponible pour la course, son équipier HASSE endommageait la version carénée dans un champ. “L’AUTO UNION de HASSE avant son accident pendant les essais est au stand, un mécanicien vérifie le niveau d"essence”

 Les monoplaces à moteur arrière chères à FERDINAND PORSCHE tenaient mal la route par manque de préparation et on frôla le retrait ! Elles furent autorisées le dimanche matin à un warm up de rattrapage (imaginez leur forfait !).
 On retint que les françaises n’améliorèrent pas le record de CHIRON de 1935 et furent à la peine. WIMILLE ne participa pas aux essais et CHABOUD ne réalisa pas de temps significatif. On put apercevoir CHINETTI cheveux aux vents faisant un tour de reconnaissance en passager de CARRIERE.
 C’est donc 9 voitures qui se placent en grille à 14h 30. Après une averse la piste avait séché et la tension était à son comble. Le public applaudit particulièrement la BUGATTI et les AUTO UNION qui avaient joué de malchance et affrontaient courageusement la piste.

 Au départ, le « mécanicien » LANG est le plus prompt à s’élancer devant VON BRAUCHITSCH tandis que CARACCIOLA reste en retrait avec les TALBOT. “LE départ, les MERCEDES s’élancent devant les 2 AUTO UNION, la TALBOT de CARRIERE et la SEFAC de CHABOUD”

 Le public impatient d’assister à la lutte des titans germaniques scrute au loin l’arrivée des bolides. Dans un grondement les 3 MERCEDES bouclent le premier tour puis le silence s’abat avec un trou de 20 s pendant lequel un mouvement de foule incrédule fut perceptible et s’amplifia lorsqu’elle vit apparaître les deux bleues de ETANCELIN et CARRIERE.
 Pas une AUTO UNION ! La messe était dite et sauf défaillance improbable des MERCEDES super préparées le public pouvait se rasseoir et attendre tranquillement l’arrivée du trio. KAUTZ qui débutait dans sa nouvelle équipe n’avait pu maîtriser la puissante AUTO UNION délicate avec son tout à l’arrière, surchargée d’essence et avait heurté un trottoir dans la traversée de GUEUX, le bolide meurtri rentra au stand avec un train arrière faussé pour abandonner.
 Quand à HASSE, il avait lui aussi perdu le contrôle de sa machine dans le virage de la Garenne et effectua un tête à queue bloquant un instant la BUGATTI de WIMILLE, moteur calé il ne put repartir. Ainsi s’achevait tristement le week-end rémois pour l’équipe de ZWICKAU déjà fort éprouvée pendant les essais.

 La BUGATTI de WIMILLE n’alla pas bien loin non plus, s’arrêtant à la fin du premier tour sur fuite d’huile et CHABOUD sur la SEFAC rendit les armes le tour suivant.
 Après 3 tours couverts sur 64, cinq voitures constituaient le plateau d’un GP qui s’annonçait prometteur !
 Les MERCEDES entreprirent leur cavalier seul et au 8° tour CARACCIOLA dépassa LANG. Mais lorsque celui-ci ravitailla il redémarra difficilement et perdit un tour qu’il ne put rattraper laissant ses équipiers en tête. CARACCIOLA en prise avec des problèmes d’allumage fut dépassé par VON BRAUCHITSCH au 23° tour qui fila vers la victoire. “VON BRAUCHITSCH semble ébloui par le soleil et met sa main en visière pour se protéger”

 Chacun des pilotes MERCEDES établira à tour de rôle le record du tour qui reviendra à LANG à 170,645 km/h . Ce n’était pas un bond en avant comparé au record de DREYFUS établi 3 ans auparavant sur une ALFA ROMEO moins puissante à 164,950 km/h témoignant que les flèches d’argent n’avaient pas eu à forcer.
 Les TALBOT luttèrent ensemble, ETANCELIN avec une voiture apparemment moins performante était souvent devant CARRIERE. Celui-ci s’arrêta pour régler ses freins tandis que ETANCELIN abandonna sur bris de soupape au 39° tour laissant la 4ème et dernière place à son équipier.

 Aussitôt l’arrivée les 3 MERCEDES s’arrêtèrent devant les stands et furent cernées par la foule qui envahit la piste en débordant le service d’ordre. “L’arrivée victorieuse de MANFRED VON BRAUCHITSCH”

 Elles ne purent être contrôlées au parc fermé comme le règlement l’exigeait et les commissaires firent de leur mieux pour exécuter leur tâche.
 Mais les déclasser sur le tapis vert pour cette entorse au règlement, ce qui aurait donner la victoire à la TALBOT rescapée, aurait pu provoquer un casus belli avant l’heure. Nul n’osa porter réclamation tant la démonstration avait été sans équivoque. “VON BRAUCHITSCH et ALFRED NEUBAUER savourent leur victoire”

 Quelques objections s’élevèrent pour signaler la position du poste de chronométrage situé trop près de la piste qui ne permettait pas de voir arriver de loin les concurrents et le service d’ordre avait été défaillant pour le bonheur du public.

 Les infrastructures avec un revêtement bien adapté en tarmacadam, une belle tribune, des postes de ravitaillement aux points stratégiques, des parkings qui accueillirent plus de 10000 véhicules, un cadre bucolique dans une région si appréciée pour ses caves et le dévouement des organisateurs de l’AC de CHAMPAGNE firent de cette manifestation un franc succès populaire. “Le panneau d’affichage à la fin de la course”

 On était passé pas loin du fiasco si les AUTO UNION décimées aux essais n’avaient pu prendre le départ !

 Elles obtinrent une magnifique revanche l’année suivante.
 Les efforts des organisateurs furent appréciés à leur juste valeur et l’ ACF leur assura sur le champ que leur épreuve serait reconduite l’année suivante dans la cité des sacres et du champagne.

Laurent RIVIERE - les carnets du paddock.

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