Peter COLLINS au Grand Prix ACF 1958 de Reims

LE GRAND PRIX DE L’ACF A REIMS 1958 : PETER COLLINS la disgrâce...

Le GP de l’ACF à REIMS en 1958 a été riche en événements et la postérité retiendra avant tout la victoire de HAWTHORN, assombrie par la disparition de son équipier MUSSO et la retraite de FANGIO.
 L’épisode COLLINS passa au second plan et ne fit pas la une de la presse.

 En arrivant à REIMS au volant de son spyder FERRARI, PETER COLLINS était particulièrement songeur et ce week-end rémois ne s’annonçait pas sous de favorables auspices, les belles années insouciantes passées à MARANELLO semblaient déjà lointaines.
 L’annonce que la Scuderia ne l’avait engagé qu’en F2, lui qui gagna ici le GP de l’ACF en 1956, faisait grand bruit dans le paddock et soulevait bien des rumeurs. “En 56 à son arrivée victorieuse, COLLINS est félicité par son équipier le Marquis DE PORTAGO qui avait abandonné”

 MUSSO, vainqueur ici en 57, s’était ouvert à FERRARI du fait qu’il se sentait tenu à l’écart par ses équipiers HAWTHORN et COLLINS, les « british » de l’équipe, et sur une piste qui lui avait été favorable, le dernier grand pilote italien entendait disposer du même traitement et être assuré du plein soutien des siens.
 L’ambiance n’était donc pas sereine au sein de l’équipe italienne.
 Aussi une mise au point s’imposait avec TAVONI le directeur technique de la Scuderia et rapporteur obligé des faits et gestes des membres de l’équipe du COMMENDATORE depuis que celui-ci ne se déplaçait plus sur aucun GP hormis pour les essais à MONZA. “pendant les essais COLLINS s’entretient avec TAVONI”

 Pour PETER, REIMS avec MONZA était la course la plus spectaculaire et faire l’impasse sur le GP était ressenti comme un camouflet, son statut privilégié au sein de l’équipe semblait bien remis en question.
 Depuis son entrée en 1956 dans la Scuderia, PETER était considéré mieux qu’un excellent pilote et ce charmant garçon plein d’énergie, d’enthousiasme, de gaîté et de générosité “PETER COLLINS après sa belle victoire avec MOSS à la TARGA FLORIO 55 qui lui valut son engagement chez FERRARI : de gauche à droite, l’équipe MERCEDES avec FITCH, TITTERINGTON, COLLINS, MOSS, FANGIO et KLING”

 (n’avait-t-il pas sacrifié ses chances de devenir champion du monde à MONZA en cédant spontanément son volant à FANGIO qui conserva ainsi in extremis son titre) “ FANGIO à MONZA en 56 s’arrête (bris de biellette de direction provoqué par les trépidations sur l’anneau) il repartira sur la voiture que COLLINS lui donne spontanément”

 était devenu le protégé de FERRARI depuis la disparition de son fils DINO et pour certains observateurs de l’époque ENZO FERRARI le considérait comme son fils spirituel.
 Il bénéficiait de toutes les attentions auprès du couple FERRARI, qui mettait à sa disposition après son mariage avec LOUISE (épousée 8 jours après l’avoir rencontrée) une villa située aujourd’hui au pied de la piste de FIORANO et il avait pu acquérir dans de bonnes conditions son spyder 250 GT PININFARINA, modèle exclusif avec sa carrosserie verte, dont la porte conducteur avait la singularité d’un décrochement façon TR3, équipée ensuite de freins à disques DUNLOP, la plus anglaise des FERRARI.
 Cette mise à l’épreuve n’était pas le fruit du hasard et PETER savait que la décision prise avec LOUISE d’aller vivre à MONACO sur leur yacht amarré au port afin d’échapper à l’emprise paternaliste en EMILIE n’avait pas été très bien perçue. Pire il y avait « l’affaire du MANS » qui avait attisé la rancœur du patron. “Les 24H sous la pluie au volant de la FERRARI n°12 pas très motivant….”

 Avec HAWTHORN, ils étaient engagés sur la TESTA ROSSA n°12 et MIKE, qui n’avait pas que de bons souvenirs du MANS, avait par bravade laissé entendre qu’ils ne termineraient pas cette course soporifique et seraient rentrés en ANGETERRE avant la fin de l’épreuve. HAWTHORN malmena l’embrayage qui rendit l’âme entre les mains de PETER.
 Dans la tourmente l’amitié des deux compères ne se démentit pas et MIKE pesa de tout son poids pour faire réintégrer PETER. D’un autre côté FERRARI ne pouvait courir le risque de perdre ses chances de reconquérir le titre avec ses DINO 246 qui avaient retrouvé leur meilleure forme si la fronde des » british » menaçant de ne pas courir aboutissait.
 Après quelques échanges téléphoniques entre REIMS et MARANELLO un accord s’établit : Peter obtiendrait un volant si il donnait le meilleur de lui-même en F2. Ouf ! la situation explosive avait été désamorcée sans humiliation pour les deux parties.
 La course des F2 avait lieu avant le GP “Le départ des F2, BEHRA s’élance devant COLLINS et MOSS”

 et COLLINS jeta toutes ses forces dans la bataille mais ne put que terminer second derrière un impérial BEHRA sur une PORSCHE sport reconditionnée en monoplace mais avec une carrosserie enveloppante procurant un avantage indiscutable en vitesse sur ce tracé ultra rapide. —Ce fut la seule victoire obtenue à REIMS par une monoplace carrossée depuis le succès des MERCEDES W 196, une spécialité allemande témoignant d’une minutie dans leur préparation tandis que les différentes tentatives de monoplaces profilées vues ici évoquaient davantage une hâtive improvisation. “La PORSCHE dérivée de la version sport avec une conduite centrale en configuration F2 permit à BEHRA de s’imposer”

 Pour le GP, COLLINS qui avait été autorisé à participer aux essais F1 le vendredi, hérita de la monture de VON TRIPS qui récupéra la voiture de GENDEBIEN mis sur la touche. Plus tard, coïncidence ? , ce dernier émit des réserves sur les rapports que FERRARI entretenait avec ses pilotes.
 En 1957 déjà, pour les MILLE MILES, le roi des victoires FERRARI au MANS était inscrit initialement sur la 335 sport (ou 315 la cylindrée restant imprécise) mais elle fut attribuée à DE PORTAGO ce qui mettait la pression à celui-ci qui avait l’obligation de faire mieux que le redoutable belge qui honora son contrat en finissant à la 3ème place sur la 250 GT berlinette 0677GT(celle-là même qui gagna les 12H de REIMS 57 et 58 en finissant sans pare- brise et lunette arrière “La FERRARI GT de GENDEBIEN-FRERE victorieuse des 12H de REIMS 1957 à l’arrivée”

 tandis que DE PORTAGO trouvait la mort dans un affreux accident dramatique qui sonna le glas de cette mythique épreuve.
 La Scuderia était donc représentée pour le GP de L’ACF par 4 voitures attribuées à HAWTHORN, MUSSO, COLLINS et VON TRIPS.
 Ce dernier partait en deuxième ligne car le temps retenu pour l’attribution du rang sur la grille était celui effectué sur la voiture.
 Alors que le public patientait après la course de F2, il ne comprit pas collec Hervé SMAGGHE “COLLINS regarde si HAWTHORN le suit pour faire le tour de reconnaissance avant le GP”

 lorsqu’il vit tout à coup les 2 FERRARI rouges de COLLINS suivi de HAWTORN débouler en francs tireurs. RAYMOND ROCHE avait permis à HAWTHORN de reconnaître les zones souillées d’huile laissées par les F2 et que lui indiquait son ami PETER.
 COLLINS à peine remis de sa course de F2 prit le départ en 4ème ligne. “Fin du premier tour HAWTHORN détaché a pris le commandement, COLLINS est en 7ème position”

 A la fin du 1er tour PETER était en 7ème position mais il revenait dès le second tour à la 3ème place, derrière HAWTHORN et MUSSO qui s’étaient échappés “Au 2ème tour c’est un trio de FERRARI qui est en tête, PETER revenu à 200 m de MUSSO avec BROOKS dans son sillage”

 et piqué au vif battait le record du tour à la 4ème boucle alors que sa voiture était chargée d’essence. Il suivait alors de près MUSSO et rapporta que ce dernier avait négocié la courbe du Calvaire 1 ou 2 fois à la limite avant son accident fatal à cet endroit.
 Puis il repassa attardé dans le 5ème tour à la 18ème place. Une pièce mécanique s’était détachée et avait coincé sa pédale de frein lorsqu’il arriva au virage de MUIZON. Il réussit à stopper sans dommage après un tête à queue mais il ne put débloquer son levier en enclenchant la marche arrière pour repartir qu’en tapant dessus avec cette maudite pièce. En passant devant les stands, furieux il envoya en l’air la pièce baladeuse qui atterrit aux pieds de ses mécaniciens et repartit au combat. “COLLINS effectue sa course poursuite et dépasse au 13ème tour la MASERATI de JO BONNIER”

 Ce dépit traduisait sans aucun doute la farouche détermination que PETER affichait pour effacer ce malentendu. Son record du tour ne fut battu que par un intraitable HAWTHORN, en fin de course avec une voiture allégée, qui glanait ainsi un point supplémentaire se révélant fort précieux pour l’attribution du titre puisqu’il l’emporta au final avec un point d’avance sur MOSS.

 Comble de malchance, “Cette fois il boira le calice jusqu’à la lie et devra pousser sa monoplace pour être classé à la 5ème place, récoltant 2 points pour le championnat”

 PETER termina en poussant sa voiture tombée en panne sèche dans le dernier tour en sortant de THILLOIS, alors qu’il était remonté en 4ème position que FANGIO lui ravit, mettant ici un terme à sa carrière de légende en franchissant la ligne d’arrivée.
 PETER payait le tour supplémentaire de reconnaissance qui avait permis à son ami MIKE de s’imposer sans appréhension « flat out » dés les premiers tours et faisait preuve encore une fois de son esprit chevaleresque.

 FERRARI démentit avoir voulu punir PETER mais il faut comprendre que les 24 H du MANS, avec les 500 miles d’INDIANAPOLIS, était l’épreuve qui avait le plus grand retentissement mondial et une firme comme FERRARI qui avait eu en 1955 de sérieuses difficultés financières, bien secourues par l’aide providentielle de LANCIA, espérait beaucoup d’une telle course dans laquelle elle s’investissait énormément, attendant pour le moins en retour la même implication de ses pilotes.

 Ce ne fut qu’une péripétie dans l’histoire légendaire de FERRARI, surtout comparée à la tragédie vécue par la Scuderia ce week-end avec la perte de MUSSO, mais cette anecdote décrite avec le parfum de l’époque dans l’excellent livre de DIXON se devait d’être rappelée faisant partie de l’histoire du Circuit de Gueux.

 PETER, aiguillonné par sa mésaventure rémoise, “Vainqueur chez lui à SILVERSTONE sans conteste, la mésaventure rémoise est effacée”

 gagna haut la main le GP suivant de GRANDE BRETAGNE qu’il domina de bout en bout comme HAWTHORN l’avait fait à REIMS. Il signa là sa dernière victoire avant de perdre la vie 15 jours plus tard sur le NÜRBURGRING, en tentant de garder le contact avec la VANWALL de BROOKS.

 MON AMI MATE de CHRIS DIXON
 GREGOR GRANT dans AUTOSPORT

LAURENT RIVIERE

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