Historique du Circuit de Reims-Gueux

Survol de la trajectoire brisée d’un temple de la vitesse

Le circuit de Gueux renaît de ses cendres. Une poignée de passionnés, réunis en association des Amis du Circuit de Gueux, sous la houlette de Gérard CUIF, au prix d’un labeur acharné ont redonné vie aux infrastructures métamorphosant ce site tristement laissé à l’abandon. L’éclat des couleurs des stands, la restauration de la tour de panneautage, le débroussaillage des tribunes attirent encore et toujours davantage de touristes curieux qui viennent se recueillir de tout horizon, sur ce lieu culte du sport automobile.

Que de souvenirs ravive-t-il pour tous les Fanatiques de ce Fabuleux et Fantastique sport automobile.

Mais ces 3F n’est-ce pas ainsi que l’on désignait le fameux trio qui dominait les courses au début des années 50 ? Ils occupaient la première ligne au départ du GP de l’ACF en 1950. [les 3 F]

FANGIO, l’argentin de BALCARCE, surnommé par les siens »EL CHUECO », débuta à REIMS en 1948 sa croisade européenne, y triompha à 3 reprises et après un incroyable palmarès ponctué par 5 titres mondiaux, décida de mettre un terme à sa carrière là où elle avait réellement commencé-tout un symbole !

FAGIOLI qui obtint de grandes victoires avant guerre avec la scuderia FERRARI et avec l’équipe MERCEDES livra bataille ici sur les fameuses Alfetta qui dominèrent les premières années du nouveau Championnat du Monde des Conducteurs.

FARINA, le neveu du renommé Pinin Farina, pilote redouté par ses adversaires tant il était impétueux, devint le premier champion du monde en 1950 . Ironie du sort, il se tua dans un accident de la circulation, sa Cortina Lotus s’écrasant contre un arbre à coté de CHAMBERY en se rendant à REIMS pour assister au GP de l’ACF en 1966.

Les plus grands pilotes d’alors vinrent se mesurer sur le circuit champenois. On ne peut les citer tous ici, mais certains viennent à l’esprit :

ETANCELIN, si reconnaissable à sa casquette, l’emporta en 1927 , 1929 et 1933 .

CHIRON, le monégasque au foulard à pois, l’inusable pilote, qui remporta les GP de la Marne en 1928 et 1934 puis le GP de France en 1949, termina sa carrière en GP à MONACO sur LANCIA F1 en 1955. Puis il participa à certaines courses mineures !

NUVOLARI, 1e frêle Mantovan, considéré comme l’un des plus grands pilotes de légende, ne laissa le soin à personne de gagner le 1er GP de l’ACF disputé à GUEUX qu’il domina en 1932.

DREYFUS triompha en 1930 et 1935. Par la suite, il se retira à NEW YORK où il accueillait dans son restaurant « LE CHANTECLERC » le gotha du milieu automobile.

WIMILLE était sans aucun doute un potentiel champion du monde. Il s’imposa ici en 1936, 1937 et 1948 mais se tua en Argentine sur GORDINI par la faute de spectateurs indisciplinés l’année suivante.

HAWTHORN qui rayonnait de vie appréciait particulièrement la semaine des courses à REIMS et ses débriefings sur la place d’Erlon. Il ne remporta que 3 GP mais ses succès rémois furent retentissants. Sa victoire de 1953 devant FANGIO fut baptisée la course du siècle par les Anglais. En 1958 il fit cavalier seul et eut l’élégance de ne pas prendre un tour à FANGIO et fit un grand pas vers le titre.

BRABHAM par sa victoire de 1960 obtenue au volant de la petite COOPER à moteur arrière sur ce rapide tracé au détriment des puissantes FERRARI à moteur avant tourna ici une page de l’histoire de la FI.

Une autre page s’ouvrait pour les « assembleurs », comme les désignait ENZO FERRARI avec un certain mépris, et les CLARK, MAC LAREN, G HILL, STEWART, RINDT et consorts se chargèrent de l’écrire .

Quant aux marques qui s’illustrèrent sur le circuit de GUEUX, on retiendra dans les années 20 et 30 les BUGATTI et ALFA ROMEO typo B et en cette période troublée qui précéda la guerre, les surpuissantes AUTO UNION et MERCEDES exercèrent leur domination.

A la reprise en 1947 les françaises eurent à nouveau leur mot à dire et les GORDINI et TALBOT firent retentirent la Marseillaise.
 Dans les années 50 on assista à la domination des voitures rouges ALFA ROMEO, FERRARI et MASERATI ET qui fut entrecoupée par le retour triomphal de MERCEDES en 1954.

Celui de BUGATTI en 1956 ne fut hélas qu’un feu de paille .

Après 1960 les premières lignes étaient devenues vertes avec l’intermède BAGHETTI en 61 qui l’emporta in extremis devant les PORSCHE de GURNEY et BONNIER lancées à ses trousses.

Les plateaux, outre les FI, étaient complétés par d’autres catégories dont les 12H de REIMS,véritable « petite finale » du MANS qui virent s’affronter les JAGUAR, FERRARI, TALBOT, GORDINI, PORSCHE, FORD, LOLA...et dans les petites cylindrées les françaises étaient bien représentées par DB, PANHARD, RENAULT . . . , les dernières années les meetings rémois furent animés par les F2, F3, Formule France et les coupes de provinces et de GORDINI.
 Enfin les rallyes et Tours de France auto disputaient des épreuves de vitesse sur le réputé circuit.

Quand on évoque les grandes heures du circuit de REIMS on ne peut oublier un homme qui a laissé une empreinte indélébile et son nom est inexorablement lié à ces lieux.
 Raymond ROCHE, personnage entier et controversé,mais homme dévoué toute sa vie à sa passion et homme de cœur qui n’hésitait pas un instant à remettre un viatique à un coureur qui n’avait plus un sou pour le retour !
 II admirait ses pilotes et mettait un point d’honneur à diriger la course la plus rapide d’Europe en concurrence avec sa rivale SPA.
 Malheureusement l’évolution constante des performances et les mesures de sécurité réclamées a juste titre par les pilotes sous l’égide de STEWART finirent par mettre un terme à cette épopée.

Le GP d’EUROPE FI de 1966 avec la nouvelle réglementation portant la cylindrée des monoplaces F1à 3000cc fut le chant du cygne. . .et les 233,669km /h au tour réalisés par HAWKINS sur LOLA en 1967 pilonnèrent le circuit devenu obsolète.

Le sport auto était alors en plein essor et ni la catastrophe du MANS en 1955, qui fit annuler le GP cette année-là, ni la crise pétrolière de 1973 ne stoppèrent sa marche en avant.
 Des balbutiements télévisés commentés par DRUCKER ou COLLARO qui devaient s’effacer au moment du TIERCE on est passé au rythme effréné des retransmissions intégrales en direct de la FI. La situation géographique de REIMS était idéale(quid de MAGNY COURS ou du PAUL RICARD ?)et pérenniser ce lieu mythique chargé d’histoire ne devait pas se heurter à un obstacle financier, II manqua un visionnaire capable de fédérer les collectivités et les investisseurs pour aménager un circuit comme SPA FRANCORCHAMPS sut si bien le faire.

Pendant ce temps en 1965 les maisons de Champagne se chamaillèrent devant les caméras de télévision. LAGARDERE était pourtant là mais personne ne prit garde !

Aujourd’hui un vent d’optimisme se fait sentir après les manifestations réussies du WEEA organisées par FRANZ HUMMEL avec le parrainage de JEAN ALESI en 2007et 2008. Si l’ambition n’est pas le retour des FI, l’énorme engouement populaire suscité a ravivé la flamme du souvenir qui sera perpétué par la conservation des infrastructures destinées à l’avenir à accueillir de tels rassemblements.

La LOLA historique participe toujours à des courses, et son pilote champardennais se fera sûrement un plaisir de participer au WEEA 2009.

Laurent RIVIERE - les carnets du paddock.

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