1958 Grand Prix de l’ACF à Reims

LE GRAND PRIX DE L’ACF 1958 A REIMS. Le chaînon manquant de la grille de départ

Le GP de l’ACF 1958 fut un tournant dans l’histoire de la F1. Si les acteurs pour la plupart ont aujourd’hui disparu, les faits d’arme de ces grands champions d’une époque héroïque renaissent aujourd’hui grâce au net et suscitent commentaires, débats et critiques avec passion dignes des comptes rendus sur l’actuelle F1 des Jean-Louis MONCET, Patrick CAMUS, Lionel FROISSART et consorts. Ainsi la grille de départ du GP de l’ACF 1958 prête-t-elle à controverse quant à sa composition retenue par la presse spécialisée de l’époque.
- Nul doute que si Bernard CAHIER et Gérard CROMBAC en France ou Louis KLEMANTASKI et Denis JENKINSON en Angleterre, les gardiens du temple de cette période faste d’après guerre, étaient encore de ce monde la question eut vite été tranchée.

Mais les passionnés que nous sommes s’appuient sur des informations glanées de- ci et de-là et qui mises bout à bout nous aident à revivre l’atmosphère du monde des courses du passé avec délectation.
- Jeune spectateur à quelques centaines de mètres de là au virage de THILLOIS et n’ayant d’yeux que pour les bolides rouges de MARANELLO se trouvant aux avant-postes, je serais bien en peine de me remémorer 50 ans plus tard l’ordre exact de la seconde partie du plateau qui s’étiolait déjà loin des premiers en ordre dispersé dès le premier tour.
- C’était beaucoup de MASERATI laissant flotter une agréable odeur de ricin et dont le rythme en course n’avait rien à voir avec celui de l’escadrille de tête.

Mais revenons à la photo culte du départ qui a été immortalisée sur la pellicule de Bernard CAHIER où l’on voit HAWTHORN déterminé ajustant sa montre sous le regard inquiet de MUSSO avec SCHELL en arrière plan.
- Dans Mémoire des stands le beau livre de COLTRIN qui montre la FERRARI de VON TRIPS en 2ème ligne, puis COLLINS à côté de BEHRA, a éveillé la perspicacité du Professeur REIMSPARING qui a soulevé le lièvre de l’inadéquation de la grille telle qu’on la trouve dans la plupart des revues de presse.
- L’internaute René FIEVET a analysé avec finesse la formation de cette grille qu’il a rectifiée.

- La photo de WEITMANN prise à l’opposé de celle de Bernard CAHIER, en queue de peloton, nous éclaire sur la disposition exacte des monoplaces sur la grille de départ.

1. img reims 59999248 « Vue du fond de grille quelques instants avant le départ (photo WEITMANN) »

On y voit au premier plan la MASERATI n°30 Centro Sud du Yankee Troy RUTTMAN, ancien vainqueur en 1952 des 500 miles d’Indianapolis et qui vient de disputer la fameuse course des deux Mondes à MONZA.
- On peut remarquer que son saute-vent a été rehaussé en raison de sa grande taille. Il se dirige d’un pas nonchalant vers sa monoplace. Graham HILL (futur vainqueur en 1966 à INDIANAPOLIS) semble désabusé de se retrouver si loin au côté de l’américain.
- Se souvient-il qu’un soir de course il força la main à Colin CHAPMAN qui accepta de le ramener à LONDRES et saisissant l’opportunité il réussit à se faire intégrer dans l’équipe LOTUS d’abord comme mécanicien puis comme pilote. L’air décidé, Colin CHAPMAN, lunettes de soleil, passe à côté de lui et se dirige à l’arrière où se trouvent ses 2 voitures, ALLISSON occupant seul la dernière ligne.

2. img reims 59999250 copie « Cliff ALLISSON n’a pas la mine réjouie en se rendant au départ. »

Ce n’est pas encore maintenant qu’il pourra lancer en l’air sa casquette à l’arrivée.

A l’extrême gauche on aperçoit l’arrière de la COOPER de SALVADORI n°20.
- Devant se trouve la MASERATI n° 36 de Phil HILL qui court en F1 pour la première fois sur une voiture empruntée à BONNIER car il n’a pas encore réussi à convaincre le Commendatore de lui confier un volant en Grand Prix.
- Le gentleman driver suédois BONNIER le précède sur la MASERATI n°38.
- A droite de la 38 on aperçoit la grande silhouette de l’américain Carroll SHELBY, casque blanc aviateur qui fait sa campagne européenne.
- Il part entre P. HILL et SALVADORI et fait aussi partie de l’écurie privée de Mimmo DEI comme son compatriote RUTTMAN et l’ italien GERINI dont la MASERATI n° 32 se trouve dissimulée par un mécanicien, à gauche de BONNIER.
- Plus loin devant SHELBY, on aperçoit COLLINS qui est en discussion avec SALVADORI.
- A leur gauche, ce sont Tony VANDERVELL et son pilote MOSS qui échangent leurs impressions tandis qu’à l’extérieur on remarque les casques de BEHRA et SCHELL.
- Enfin en se dirigeant plus en avant on découvre les poupes de la VANWALL de LEWIS EVANS, de la FERRARI de COLLINS et de la VANWALL de MOSS.

Il ressort de cette photo d’atmosphère une tension qui se lit sur les visages des pilotes au premier plan bien que pour eux l’enjeu ne soit pas de se battre pour la victoire.
- Mais chaque course n’était-elle pas un défi où le risque était omniprésent comme cela allait encore devoir se confirmer dans quelques instants

3. img reims 59999206 « Quelque part dans la probable campagne des environs de REIMS l’équipe Centro Sud de Guglielmo DEI, concessionnaire MASERATI en Italie et qui a mis le pied à l’étrier de grands champions comme Lorenzo BANDINI, débarque du camion immatriculé à ROME la belle monoplace 250 F, à côté d’une camionnette publicitaire CAFE CHAT NOIR. Cette scène pittoresque n’échappe pas au journaliste présent (GAULD avec son HEINKEL, pendant de l’ISETTA ?) Le numéro 34 (vraisemblablement celui de sa course précédente) ne correspond pas à celui de RUTTMAN qui est le 30 mais la voiture est identique, bleue avec ses bandes blanches et on distingue le saute-vent additionnel. "Les n° sur fond noir pourraient s’expliquer ainsi qu’il est plus facile d’effacer le n°précédent avec une couleur noire qu’avec un fond blanc, les équipes privées étant plus enclines à faire des retouches de dernière minute" »

La grille qui a donné lieu au départ de ce Grand Prix, probablement retouchée par le tout puissant maître des lieux Raymond ROCHE est la suivante :

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Sur cette autre prise de vue la LOTUS 12 de ALLISSON apparaît, frêle moustique esseulé, rejeté à l’arrière par l’essaim de gros bourdons.

4. img reims 59999251 copie « Quelques secondes avant le départ la piste est maintenant libre. ALLISSON dispose de la LOTUS 12 monoplace légère de F2 en forme de cigare, équipée du CLIMAX 2,2L tandis que G HILL se voit confier la LOTUS 16 qui fait ici ses débuts, version profilée de la 12 avec une carrosserie inspirée de la VANWALL. RUTTMAN sur la droite, le rookie des courses européennes, est le dernier qualifié des 7 MASERATI. (photo Jesse ALEXANDER) »

La photo du départ dans le livre de CROMBAC « Les Années CLARK » édition ETAI permet d’avoir une vue d’ensemble de toutes les monoplaces encore figées sur la grille.

LAURENT RIVIERE

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