1957 FANGIO GP de REIMS le virage de THILLOIS …

FANGIO GP de REIMS 1957 le virage de THILLOIS …

Cette année, le GP de l’ACF s’est disputé à ROUEN la semaine précédente et FANGIO y a remporté une magnifique victoire immortalisée par ses passages dans la descente du nouveau monde en glissade des 4 roues dans des courbes à plus de 200km/h.

 Avec RAYMOND ROCHE, REIMS n’a pas été oublié et pour son GP toutes les équipes s’y replient dès le mercredi pour la plupart, hormis BRM qui doit rentrer pour préparer son prochain GP à AINTREE, FLOCKART ayant détruit sa voiture, et se déplacer pour un seul pilote dans ces conditions n’en valait pas la peine.

 Le malheureux MACKAY FRASER, son équipier, l’ami de JO BONNIER, lui, fera le déplacement à REIMS et y trouva la mort dans la course de F2 d’ouverture.

 L’hôtel des Lacs à GUEUX pourra proposer les chambres que RAYMOND MAYS avait retenues et qui sont devenues disponibles.

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 MASERATI transporte deux 6 cylindres, VANWALL a 3 voitures dont une profilée pour ses deux pilotes, le jeune LEWIS EVANS et SALVADORI plus expérimenté vont donc défendre les couleurs vertes car les stars sont absentes, MOSS indisponible est malade (sinusite) et BROOKS n’est pas remis de son accident du MANS .
 FERRARI a 4 voitures dérivées des LANCIA FERRARI de 1956 et HAWTHORN et COLLINS sont d’anciens vainqueurs.

 La première séance débuta le mercredi et FANGIO abaissa sans forcer le record qu’il détenait l’année dernière ce qui rendait confiant MASERATI. Il délaissa les 12 cylindres, arrivées le vendredi matin ,qui manquaient de mise au point.
 En fait les 3 séances virent FANGIO réaliser le meilleur temps et remporter 300 bouteilles de Champagne. Il eut l’élégance d’en donner 100 à ses mécaniciens de MASERATI et 50 à ceux de FERRARI, son équipe de 1956 !

 LEWIS EVANS créa la surprise et en avait probablement gardé sous le pied car les VANWALL avaient impressionné. La voiture profilée n’avait pas été retenue son avantage aérodynamique ne s’étant pas concrétisé par les temps obtenus. “La Vanwall n°26 : LEWIS EVANS s’échappe en tête confirmant son jeune talent et la bonne forme de la VANWALL”.

 Les FERRARI s’étaient améliorées au fil des séances mais si elles ne s’affichaient pas en haut des temps, MUSSO se montrait le plus incisif confirmant sa 2° place à ROUEN.
 Aussi à l’issue des essais beaucoup pronostiquaient FANGIO vainqueur. “FANGIO et HAWTHORN se livrèrent une lutte acharnée rappelant le duel de 1953 et qui fut ponctuée par un tête à queue de l’argentin à MUIZON”

 BRM absent, le reste du plateau était constitué d’écuries privées ne pouvant postuler pour la victoire et de la petite COOPER de BRABHAM qui commençait déjà à montrer le bout de son nez. Au départ c’est LEWIS EVANS qui prit résolument la tête jusqu’à ce que des ennuis de freins le contraignent à ralentir. MUSSO lui succéda en tête pour ne plus la quitter. Derrière, FANGIO bataillait ferme en compagnie de HAWTHORN puis quand celui-ci dut abandonner il lutta avec son compagnon d’écurie BEHRA. “BEHRA a réussi momentanément à passer FANGIO”

 La seconde place était en vue lorsque au 56° tour il alluma ses pneus en difficulté au freinage avant le virage de THILLOIS qu’il ne put négocier et il s’embarqua dans l’herbe choisissant de terminer sa course dans les bottes de paille.
 Malheureusement derrière se trouvait un muret et le choc fut plus dur que prévu. “La MASERATI de FANGIO le museau écrasée après son contact contre les fascines. Cette fois c’est plus sérieux que la touchette à ROUEN contre la MASERATI de BEHRA !”

 L’avant de la MASERATI avait souffert et FANGIO dut se résigner à regagner les stands. Je me souviens encore, jeune spectateur à THILLOIS , l’avoir vu prendre un mouchoir dans sa poche et se tamponner le nez ensanglanté qui avait heurté le cockpit au moment de l’impact.

 Il rentra à pied en longeant la piste sous les ovations du public.
 Un peu plus loin on vit un jeune sauveteur qui arriva sur un scooter LAMBRETTA et se fit un honneur de prendre en selle son prestigieux passager pour le ramener fièrement au stand. “FANGIO rentre au stand. Ce ne fut pas son jour mais quelle publicité pour LAMBRETTA qui avait animé la manifestation avec une armada de scootéristes !”

 La cérémonie du podium avec le champagne, rite traditionnel, n’a-t-elle pas commencé à REIMS ? Si ce mode de récupération du célèbre champion put paraître cocasse, il n’en était pas moins innovateur et avec le temps les organisateurs rémois peuvent aujourd’hui se vanter d’avoir été des précurseurs car les pilotes de F1 en difficulté sur le circuit maintenant sont traditionnellement ramenés au stand sur le scooter de service !

 FANGIO fut réconforté par sa compagne « BEBA » mais sa blessure était bénigne seul son amour propre était peut-être froissé. “BEBA la compagne attentionnée du Maestro donne les soins de premier secours”.

 Rares ont été les accidents du Maestro et celui de MONZA en 1952 à LESMO fut son seul gros crash, les vertèbres cervicales abîmées il ne put terminer la saison. Par sa « vista « il s’était très souvent sorti de situations délicates, au MANS en 55 il réussit à se faufiler entre la voiture de MACKLIN et les stands, en début de saison il évita à la sortie de la chicane du port de MONACO les débris laissés par MOSS, HAWTHORN et COLLINS.
 Les courses étaient longues (500km) et il avait la sagesse et la science de la course pour porter son attaque à temps voulu.
 Ce n’était sûrement pas la retraite prochaine qui pouvait expliquer cette sortie de route contre les fascines car début août en Allemagne il signa un exploit d’anthologie sur le toboggan du circuit de l’Eifel et conquit son 5° titre de champion du monde.

Laurent RIVIERE - les carnets du paddock.

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