FERRARI au Circuit de REIMS GUEUX LE 20 MAI 1984

FERRARI au Circuit de REIMS GUEUX LE 20 MAI 1984

Si ses infrastructures sombraient à l’abandon depuis la clôture de cette belle aventure par les dernières épreuves motocyclistes disputées en 1972, les nostalgiques n’avaient pas rayé de leur mémoire le circuit de REIMS GUEUX qui régulièrement accueillait des visiteurs en pèlerinage sur ce lieu culte de l’histoire de la course automobile.

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En cette journée printanière pluvieuse les possesseurs de FERRARI sont réunis sur le circuit à l’appel de Christian MARIN, importateur POZZI France, venu faire découvrir le nouveau modèle de la marque de Modène, la FERRARI 288 GTO exposée au public dans le Parc POMMERY.
 Qui donc autre que REIMS, avec son circuit qui avait vu si souvent les pilotes de la Scudéria s’y illustrer, n’était mieux placé pour être le cadre en France de cette présentation ?

 Les autorités avaient fermé la piste renaissante à la circulation permettant aux FERRARI rassemblées de tourner et on imaginait déjà qu’un coup de pouce allait pouvoir dans un avenir proche faire revivre la compétition automobile dans cet endroit mythique si proche de PARIS.

 On voit sur les différents clichés avec quelle force la nature envahissante s’était appropriée à nouveau ce territoire si tristement délaissé

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et le travail bénévole de l’Association des Amis du Circuit de Gueux peut être apprécié quand on découvre aujourd’hui les bâtiments remis en état, habillés de leurs logos publicitaires multicolores d’époque, surmontés par la tour de panneautage qui se dresse fièrement.

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C’est sans aucun doute grâce à ce groupe de passionnés que le circuit de REIMS GUEUX, classé à l’inventaire des monuments historiques, revit avec le Week- End de l’Excellence depuis 2007

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et qu’il peut recevoir différentes manifestations et réunions de clubs.

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La Ferrari 250 GT Pininfarina coupé est produite de 1958 à 1960. Sa carrosserie sobre et élégante est due au maître carrosssier turinois, le profil est élancé avec une ligne des ailes continue, la face avant s’ouvre sur une calandre rectangulaire surmontée de phares non carénés en retrait tandis que la partie arrière se termine sur des feux minces en pente qui se rejoignent par une moulure bordant le seuil du coffre. Le pavillon est bien équilibré, les vitres ont un déflecteur et la lunette arrière galbée donne à l’ensemble un aspect harmonieux. La version vue ici possède une prise d’air sur le capot. La production de ce modèle s’étalera sur trois ans et contribuera à assurer la bonne progression de l’entreprise.

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A première vue cet élégant cabriolet évoque l’intemporel spyder California 250 GT California qui fut produit de 1958 à 1962 en subissant différentes évolutions. C’est Luigi CHINETTI, premier vainqueur au Mans sur FERRARI et premier importateur aux E-U de la marque qui sollicita la production de ce cabriolet aux lignes sublimes d’équilibre dessiné par Pinin Farina et carrossé par Scaglietti et dont la côte aujourd’hui dépasse les millions d’euro.

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Leur évolution technique suivit celle des Berlinettes et certains de ces spyders sportifs furent engagés en compétition.

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La voiture présentée à REIMS est un modèle unique puisqu’il s’agit d’une 400 Superamérica 2311 SA de 1960 et qui appartint à Michel Paul Cavallier, répertoriée dans le livre d’Antoine Prunet « Les FERRARI de route et de rêve ».

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Les Berlinettes 250 GT châssis court à partir de 1960 se définissent en version compétition et Lusso. Les premières bénéficient d’une carrosserie en aluminium et de moteurs plus performants alors que la version « ville » a une coque acier, des performances inférieures et sont dotées d’un intérieur moins spartiate. Tout au long des années de production elles subiront d’incessantes modifications de détails mécaniques ou de carrosserie.

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Ainsi la 250 GT rouge présente ici a l’ouïe de ventilation sur le toit, des ouïes d’ailes avant et arrière, la goulotte d’essence est placée sur l’aile arrière gauche et non sur la malle, le bord supérieur de la porte est droit avec une glace montante, des antis-brouillards Marchal dans la grille et elle n’a pas de pare-choc, éléments en faveur d’une GT de compétition de 1961-1962.

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En revanche, la 250 GT grise avec ses pare-chocs pourrait être une version Lusso.

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Cette FERRARI Berlinette 250GT prestigieuse porte les couleurs de l’écurie Rob WALKER bleu foncé à bande blanche. Ici il s’agit d’un modèle de 1960 reconnaissable à son bord supérieur de la porte qui se recourbe vers l’aile arrière.

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Stirling MOSS s’illustra à son volant en 1960 sur le châssis 2119 GT et en 1961 sur le châssis 2735 GT. Il remporta notamment à deux reprises le Tourist Trophy à GOODWOOD et la course GT à NASSAU aux BAHAMAS où était organisée une semaine de vitesse richement dotée en décembre, attirant les meilleurs pilotes européens. Il participa également sur cette FERRARI aux 24H du Mans en 1961 avec Graham HILL.

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La Ferrari Lusso ou 250 GT/L est la dernière évolution de la lignée des 250 GT. Elle est présentée au salon de Paris de 1962 et elle bénéficie des caractéristiques mécaniques de ses prestigieuse ainées avec un châssis d’un empattement de 2,40 m dont le moteur de 250 ch a été avancé pour offrir un habitacle plus spacieux car sa vocation est d’être la meilleure GT « de luxe » comme son nom l’indique. Pinin farina et Scaglietti ont réalisé une berlinette élégante dont l’avant reprend la forme générale des 250 GT et l’arrière doté d’une vaste lunette se termine en pan coupé, comme sur les Sports de l’époque, selon les théories aérodynamiques en vogue. Sa production s’arrêtera en 1964.

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Voici la mythique FERRARI 250 GTO qui succéda à la non moins célèbre Berlinette châssis court compétition en 1962, élaborée par Bizzarini et qui écuma les victoires en GT avant que les grosses COBRA finissent par lui contester sa suprématie. A y regarder de près ? il ne s’agit pas tout à fait d’une GTO classique.

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Son bosselage qui recouvre les carburateurs est allongé, la face avant est particulière avec des phares antibrouillards et des indicateurs de changement de direction cerclés, trois ouïes d’aération verticales sur les côtés et la conduite est à droite. Il s’agit d’un châssis avec une carrosserie de GTO mais propulsé par un moteur 4L expérimental et qui servait de laboratoire pour l’usine uniquement.

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La voiture ici est l’un des 3 modèles 4L construits en 1962, décrit dans le livre de Jess Pourret châssis 4561 SA et qui après les essais fut la voiture de route de Michel Paul Cavallier industriel des fonderies Pont à Mousson et administrateur de la SEFAC ( Societa Esercizio Fabbriche Automobili e Corse) qu’il fonda en 1960 avec Enzo Ferrari.

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Il s’agit de la 250LM apparue en 1963 et qui avait la lourde tâche de succéder aux fabuleuses 250 GTO. La CSI refusa lors de sa sortie l’homologation en GT de la 250 LM carrossée par Pinin Farina reprenant les lignes générales de la 250 P Sport, ce qui fut un handicap pour son palmarès. Elle s’illustra cependant ici en remportant les 12H de REIMS avec Graham HILL et BONNIER et les 24H du Mans en 1965 avec RINDT et GREGORY.

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La voiture présentée est remarquable par ses caractéristiques puisqu’elle a une conduite à gauche, possède des pare-chocs et une lunette arrière enveloppante alors que la version originelle a une lunette de pavillon verticale. Dans le livre d’Antoine PRUNET « FERRARI Sport et Prototypes » cette FERRAI 5995 GT y figure et c’est l’une des 3 à 4 versions de « route » sur les 30 exemplaires de 250 LM produits.

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La Ferrari 275 GTB est la nouvelle Berlinette qui succède à la série des 250 GT et sa présentation a lieu au salon de Paris de 1964. Elle reçoit un moteur V12 de 3,3L de 280 ch et pour la première fois des roues arrières indépendantes sont montées sur une FERRARI de production. La carrosserie reste l’apanage de Pinin Farina et de Scaglietti et fait l’objet de critiques quant à son conservatisme alors qu’elle deviendra une icône de style dans le futur. Un grand capot terminé par la fameuse grille ovale, des phares carénés, un pare-brise galbé et un lunette arrière tombant en pente douce sur la malle qui s’arrête sur un pan coupé. Des modifications surviennent en 1965 avec une lunette élargie et les charnières du coffre sont apparentes, puis les phares perdent leur entourage et le capot se dote d’un bosselage. En 1966 l’avant qui se soulageait à grande vitesse est allongé, la calandre réduite de taille et les roues sont alvéolées et perdent leurs ailettes.
 Quelques exemplaires seront inscrits en compétition, versions allégées, plus puissantes équipées de roues à rayons Borrani.
 Puis au salon de Paris 1966 apparaît la 275 GTB/4, innovant avec un moteur à 4 arbres à cames en tête la puissance grimpant à 300ch, la carrosserie étant sensiblement similaire avec un bosselage du capot. Sa production s’arrêtera en 1968.

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La Ferrari 275 GTB rouge immatriculée dans la Marne parait être une version début 1965 avec ses charnières apparentes, l’absence de bosselage du capot, le nez court et l’entourage cerclé des phares carénés. La 275 GTB bleue pourrait être une GTB/4 dont le nez semble allongé.

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Ce cabriolet est apparu au salon de Genève en 1966 et 12 exemplaires seront construits jusqu’en 1967. Il porte le nom de cabriolet 365 California construit sur un châssis qu’il partage avec la 500 Superfast et la 330 GT 2+2 et dont le moteur de 4,4L développe 320 ch.

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Le dessin est signé Pinin Farina avec des lignes géométriques, l’arrière vertical reçoit des feux massifs dans le style des berlines de Detroit, un profil avec une échancrure triangulaire abritant les poignées de porte et la face avant plus ronde évoquant la Superfast. Cette FERRARI présente avec une plaque belge aurait appartenu à la Cour Royale de Belgique.

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C’est au salon de Paris en 1968 qu’est apparue la nouvelle FERRARI 365 GTB/4 et elle ne sera commercialisée qu’en 1969. Elle sera plus connue sous le nom de Daytona en hommage au triomphe des trois Ferrari P4 à Daytona en 1967. Il s’agit pour quelques décennies de la dernière FERRARI produite avec un moteur à l’avant de 4,4L de cylindrée développant 350ch ce qui ne manqua pas de faire naître des critiques alors que sa rivale déclarée la LAMBORGHINI, Muira avait frappé fort avec une GT de conception moderne à moteur central arrière habillée d’une robe sublime.
 La Daytona résistait cependant en performances et se montrait la plus rapide avec une vitesse de pointe approchant les 280 km/h aidée peut-être par la fâcheuse tendance de la Muira à voir son train avant décoller à haute vitesse. Pinin Farina dessina une GT réalisée par Scaglietti, qui si elle avait perdu sa calandre ovale signe d’identification immédiat de la marque, n’en restait pas moins une digne descendante de la lignée avec son long capot coiffé d’une lame en perspex où se logeaient les phares et son arrière ramassé à pan coupé dégageant une impression mêlée d’élégance et d’agressivité. Elle sera produite jusqu’en 1973.

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La Ferrari 365 GT4 2+2 succède en 1972 à la 365 GTC 2+2 et son dessin est dû toujours à Pininfarina. Le pavillon donne un espace plus généreux, le profil est souligné par une moulure qui atténue l’aspect géométrique de la caisse avec un long avant plongeant ceinturé par un pare-choc haut positionné et des pares escamotés en retrait. En 1976 est présentée la 400 GT en version automatic ou boîte manuelle. Esthétiquement peu de changement, un spoiler fait son apparition sous la calandre et la cylindrée passe à 4,8L donnant une puissance de 340 ch. Le modèle présent est une 400 GT.

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La FERRARI 512 BB de 1976 est une évolution de la 365 GT4 BB apparue en 1971. Elle conserve sa silhouette racée signée Pinin Farina mais la cylindrée de son moteur est portée à 5L, les pneus de 9 pouces ont nécessité une modification des passages de roues. Des versions compétition ne vont pas tarder à voir le jour, notamment à la demande de l’importateur français Charles Pozzi et qui sont préparées sous le contrôle de l’usine avec des essais sur la piste de Fiorano.

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Ainsi l’importateur français dispose de deux BB 512 compétition pour disputer les 24H du Mans 1978 qui se distinguent par un poids de 1100 kg, une puissance portée à 460 ch, des modifications aérodynamiques comportant un aileron arrière emprunté à la 312 BB F1 et des jantes larges montées avec des pneus Michelin course. C’est un de ces exemplaires qui fait connaissance du circuit de REIMS et l’on remarque sur le côté la bande tricolore de Pozzi France.

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La FERRARI 288 GTO dont le nom évoque l’inoubliable 250 GTO sera commercialisée à 269 exemplaires pour satisfaire à la mode en cours des Supercars. Fioravanti de Pininfarina part d’une base de 308 GTB qu’il retravaille et à laquelle il greffe des parties. L’empattement est allongé pour recevoir le V8 de 2,8L alimenté par 2 turbos donnant la puissance de 400 ch et qui est placé longitudinalement ainsi que la boîte de vitesse permettant d’abaisser le centre de gravité de 7 cm. L’utilisation du kevlar abaisse le poids à 1224 kg et accélérations et vitesse de pointe avec 304km/h sont au rendez-vous. Son avenir en compétition fut anéanti par la suppression du groupe B auquel elle était destinée.

Après cette réunion le circuit tomba en sommeil pendant de longues années, mais sans être totalement abandonné car visité régulièrement par des nostalgiques imaginant voir comme dans un rêve surgir du côté de Thillois une monoplace rugissante, filer devant les stands et disparaître en haut de la côte en répandant une odeur parfumée de ricin. Il fallut attendre 23 ans pour que le WEEA nous replonge avec bonheur dans l’ambiance des courses passées.

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Laurent RIVIERE

Bibliographie :
 Les FERRARI de route et de rêve de Antoine PRUNET
 La légende FERRARI de Jess POURRET