BELTOISE l’accident au Grand Prix de Reims Gueux

LES GP DE REIMS : BELTOISE de la descente aux enfers à la rédemption….

Ces 12H s’annonçaient comme le prolongement du duel commencé en juin au MANS entre FORD et FERRARI, le rouleau compresseur de DETROIT s’était mis en marche et à défaut de n’avoir pu mettre la main sur FERRARI, il était décidé à faire mordre la poussière à l’artisan de MARANELLO qui avait refusé fièrement les dollars du géant américain.
 Face aux stands éclairés de la tribune, je pouvais observer les voitures alignées, les belles FERRARI LM, l’usine n’ayant pas jugé nécessaire d’inscrire ses sports prototypes, qui avaient dominé au MANS, et dont les voitures leaders étaient celles inscrites par le NART pour SURTEES, le pilote maison en route pour le titre et celle du colonel HOARE pilotée par GRAHAM HILL qui avaient la lourde tâche de résister aux véloces mais encore peu fiables FORD GT 40 dans leur livrée bleue et blanche emmenées par des anciens de FERRARI, PHILL HILL, GINTHER et par MAC LAREN, GREGORY,ATTWOOD, SCHLESSER, tous habitués du circuit champenois.

 A l’autre bout, les petites cylindrées attendaient d’en découdre, le contingent des bleues était représenté par ALPINE et RENE BONNET qui faisaient merveille dans les courses d’endurance au classement à l’indice de performance et au rendement énergétique. “Le départ vient d’être donné. Les ALPINE de ROSINSKI et DE LAGENESTE s’élancent”

 Les primes de déplacement s’élevaient à 4000F pour LAUREAU, l’équipier de BELTOISE, à 5000F pour ce dernier et le NART qui engageait SURTEES- BANDINI recevait 12000F contre 5000F à la FERRARI du concessionnaire FERRARI anglais engageant HILL -BONNIER. “GERARD LAUREAU l’équipier et ami de BELTOISE au volant du coupé RENE BONNET n°53 avant le départ”

 La première heure vit les FORD rivaliser en tête avec SURTEES et GRAHAM HILL et les FERRARI eurent la situation bien en mains très tôt après l’arrêt de GINTHER qui inaugura l’abandon des GT40.

 Mais si l’accident de la RENE BONNET n°53 pilotée par BELTOISE,un jeune français venu de la moto “Les restes de la RENE BONET de BELTOISE au petit matin.”
 , passa relativement inaperçu pour le grand public sur le moment, il s’est avéré par la suite que ce fut le fait marquant que la postérité retiendrait, la victoire de HILL BONNIER étant tombée peu à peu dans l’oubli. “Les vainqueurs HILL et BONNIER ont résisté à la remontée de la voiture soeur de SURTEES et BANDINI”

 RENE BONNET avait donné sa chance à BELTOISE le débutant qui s’était distingué au MANS en 1963, l’emportant dans sa catégorie.
 A REIMS BELTOISE, avec toute la fougue d’un jeune pilote talentueux, s’était fait piéger au 6ème tour, en suivant une ALPINE rivale plus rapide, il ne put voir à temps dans la lueur des phares une traînée d’essence qui lui fit perdre toute adhérence, envoyant le frêle coupé effectuer sur l’accotement une figure dans la redoutée courbe ANNIE BOUSQUET qui le catapulta en tonneaux pour finir sa course dans un champ de blé en s’embrasant immédiatement, épave disloquée. “L’épave calcinée tandis que passe la PORSCHE 904 des Argentins ESTEFANO NASIF-ANDREA VIANINI”

 Par chance BELTOISE avait été éjecté et, gisant inconscient atteint de multiples fractures, il fut découvert par un commissaire de piste explorant, résigné les alentours avec sa torche électrique, les sauveteurs étant persuadés que le pilote était carbonisé dans son amas de ferraille.
 Cet accident selon le rapport des commissaires du Poste 4 s’est produit à 0H15 le dimanche 5 juillet 1964. RAYMOND ROCHE souligne le courage du pilote de l’hélicoptère et du docteur PENNAFORTE qui, après plusieurs essais dans la nuit et la fumée de l’incendie, ont réussi à se poser près du blessé à 0H35 pour le conduire à l’Hôpital Civil de REIMS.
 Il fut ensuite dirigé dans un service de traumatologie parisien et pour éviter l’amputation un moment envisagée, JPB demanda à son chirurgien le Professeur DAUTRY qu’il lui bloque le coude fracassé de façon qu’il puisse tenir un volant en compétition (sa détermination n’était pas entamée !).
 Le 7 juillet, RAYMOND ROCHE envoyait sous pli recommandé, les lunettes du pilote BELTOISE à Monsieur RENE BONNET. JPB ayant eu connaissance des années plus tard de cette missive s’étonna de n’avoir jamais reçu les dites lunettes retrouvées !

 Un an après, presque jour pour jour, sur ce même circuit, le 4 juillet 1965 à 16H, au prix d’une rééducation acharnée le rescapé de la courbe BOUSQUET, plus déterminé que jamais, se glissait sans la moindre appréhension sur la grille de départ dans le baquet d’une MATRA F3 fraîchement conçue pour affronter ses rivales anglaises dominatrices. RENE BONNET le pionnier de la F1 française avait dû jeter l’éponge et JEAN LUC LAGARDERE avait relevé le défi de se lancer dans la compétition automobile pour promouvoir l’image de sa firme MATRA, en reprenant le constructeur de CHAMPIGNY. JPB avec témérité s’élança immédiatement dans le peloton de tête. Il entendait prouver au boss de MATRA, qu’il pouvait jouer un rôle de premier plan en monoplace et que son accident n’était pas un obstacle à son ascension.
 Il batailla avec notamment COURAGE, REGAZZONI, BIANCHI, FENNING qu’il retrouva plus tard sur d’autres circuits. “Au freinage de MUIZON, le premier tour, c’est l’espoir messin ROBY WEBER qui vire en tête avec COURAGE à ses côtés ; ils eurent tous deux le même destin tragique en trouvant la mort dans leur voiture en flammes, WEBER sur MATRA au MANS et COURAGE sur DE TOMASO à ZANDVOORT”

 Les places en tête s’échangèrent pendant les 20 tours mais BELTOISE s’affirma rapidement comme un potentiel vainqueur, décrochant le meilleur tour en course et se maintenant le plus souvent en tête, prenant la mesure de ses adversaire. Au dernier tour, il sortit devant ses poursuivants du virage de THILLOIS avec suffisamment d’avance pour ne pas être repris à l’aspiration, l’emportant d’un souffle sur la ligne. “BELTOISE lève le bras en vainqueur en franchissant la ligne sous le drapeau de R ROCHE devant COURAGE et FENNING”

 Cette victoire, fantastique revanche sur le sort, fut accueillie dans la liesse par le public qui n’avait pas assisté à une victoire 100% française ici en monoplace depuis BEHRA sur GORDINI en 1952, son alter ego pour la circonstance venu lui aussi de la moto, et apporta immédiatement consécration et notoriété au pilote parisien.
 Ce succès éclatant qui fit retentir la MARSEILLAISE eut une formidable portée médiatique et fut sans aucun doute le déclic qui incita LAGARDERE à poursuivre son aventure qui devait conduire MATRA SPORTS en F1 avec BELTOISE et STEWART.

 Tous droits réservés pour les auteurs des photos comme d’usage
 LAURENT RIVIERE